Sécurité économique : une affaire d’État

Entre attractivité économique et sécurité, où placer le curseur ?

Telle est la question à laquelle devrait permettre de répondre la mission d’information que le Premier Ministre vient de confier aux députés Charles Rodwell, Jean-Louis Thieriot et Christophe Plassard. L’objectif : étudier les politiques de sécurité économique des principaux partenaires européens de la France – et alimenter ainsi les réflexions du gouvernement, alors qu’il tente de trouver un équilibre entre ouverture et protectionnisme. 

Car si la France, faute de capacité de financement souveraine, ne peut se passer des investissements directs étrangers (IDE), elle accuse un dangereux retard dans la gestion des risques économiques, qu’ils soient capitalistiques, juridiques ou nés des fragilités des chaînes d’approvisionnement.

Ces dernières années, plusieurs entreprises pourtant stratégiques ont ainsi fait l’objet de rachats par des acteurs étrangers : c’est le cas d’Exaion, filiale d’EDF, mais aussi de Biogaran ou LMB Aerospace.

De fait, de nombreux pays apparaissent aujourd’hui bien mieux armés que la France en matière de contrôle des acquisitions :

🇺🇸 Aux États-Unis, le contrôle très large qu’exerce la Commission des investissements étrangers (CFIUS) sur les acquisitions étrangères s’étend jusqu’aux participations minoritaires et aux achats d’actifs immobiliers proches de sites sensibles.

🇮🇹 En Italie, le gouvernement s’arroge, par le régime du Golden Power, des pouvoirs de contrôle spéciaux (prescriptions, droit de veto) sur les acquisitions dans les secteurs de la défense, de la sécurité nationale, de l’énergie, des télécoms, de l’aérospatial et des technologies critiques.

🇨🇿 En République tchèque, le Foreign Investments Screening Act autorise le gouvernement à examiner et conditionner les investissements menaçant la sécurité nationale ou l’ordre public ; en 2025, ce texte a conduit à l’interdiction d’un projet chinois de station satellitaire.

 Le délai de trois mois accordé aux députés pour étudier ces politiques de sécurité laisse penser que leurs travaux seront publiés juste avant l’actualisation de la Loi de programmation militaire #LPM, en juillet. Ce calendrier signe la prise de conscience, par les pouvoirs publics, des liens étroits entre économie, défense et politique de puissance. C’est une très bonne nouvelle.

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